lundi 31 août 2026🤝 Partenaire ou annonceur ? Contactez-nous →
NewsletterÀ propos🌐 Accueil
Publicité
📢Espace publicitaire728×90 — Leaderboard · AdSense / Ezoic
🗳️ ÉLECTIONS
🔴 EN DIRECT
Éco & Investir
📚 Dossier : Décryptage du budget 2027

Décryptage du budget 2027 (5/8) : les transferts des MRE, un pilier qu'on utilise sans le reconnaître

Le rapport salue la « résilience » des transferts des Marocains du monde, qui couvrent à eux seuls 65,4% du déficit commercial. Mais cette contribution économique massive ne se traduit toujours par aucun siège réservé au Parlement, malgré une promesse royale vieille de près de 20 ans.

Décryptage du budget 2027 (5/8) : les transferts des MRE, un pilier qu'on utilise sans le reconnaître

Ce que dit le rapport

Le rapport ministériel mentionne les transferts des Marocains résidant à l’étranger parmi les “flux financiers autres” qui soutiennent la balance des paiements : plus de 50 milliards de dirhams à fin mai 2026, en hausse de 8,8% sur un an, couvrant à eux seuls 65,4% du déficit commercial du pays. Le document salue la “résilience” de ce flux face à l’incertitude économique dans les pays de résidence, et les efforts pour “mobiliser l’épargne et les compétences des Marocains du monde” vers l’investissement productif. Un satisfecit technique, dans la même veine que le reste du document.

Ce qu’en dit la recherche sur la migration

Le chercheur Abdelkrim Belguendouz, l’un des spécialistes les plus constants de la question migratoire marocaine depuis plus de vingt ans, est catégorique sur ce point précis : il a lui-même intitulé l’une de ses tribunes “Parlement marocain : interdit de représentation aux citoyens MRE !” — un titre qui résume à lui seul des années de suivi vigilant d’un dossier qui n’avance pas. Belguendouz documente, texte après texte, l’écart entre les annonces institutionnelles et leur mise en œuvre réelle : une “nouvelle politique migratoire” lancée en 2013 sur Hautes Instructions Royales, mais dont il regrette, dix ans plus tard, l’absence de mise à niveau réglementaire et le retour d’une approche qu’il qualifie de “purement sécuritaire”. Il pointe aussi, de façon plus institutionnelle, un déficit de gouvernance et de transparence au sein même du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), l’organe censé porter la voix des Marocains du monde auprès des pouvoirs publics.

Pour situer l’ampleur du flux dont il est question : le président du CCME, Driss El Yazami, rappelait récemment que les transferts des Marocains du monde dépassent aujourd’hui 122 milliards de dirhams par an — tout en reconnaissant lui-même que leur part dans l’investissement productif “reste en deçà de son potentiel réel”. Un chiffre qui donne la mesure du sujet, au-delà des seuls 50 milliards enregistrés à fin mai 2026 dans le rapport ministériel.

Le grand écart : contribuer massivement, compter pour peu

Une personne effectuant un transfert d’argent international depuis son téléphone

Voici le paradoxe qui traverse cette relation depuis des décennies : les Marocains du monde représentent plus de 15% de la population totale du Royaume et financent, via leurs transferts, une part déterminante des réserves de change du pays — davantage que les recettes de nombreux secteurs économiques classiques. Et pourtant, à la veille des élections législatives du 23 septembre 2026, cette même diaspora reste sans aucun siège réservé au Parlement, malgré une promesse royale de représentation formulée dès 2007 et réitérée à plusieurs reprises depuis, la dernière fois en novembre 2024.

Ce n’est pas faute d’efforts de la société civile de la diaspora elle-même : depuis plus d’une décennie, des associations de Marocains du monde, dans plusieurs pays de résidence, portent inlassablement la revendication d’une citoyenneté pleine et entière — vote direct depuis l’étranger, éligibilité réelle, sièges dédiés à la Chambre des représentants. Ces mobilisations se heurtent régulièrement aux mêmes obstacles techniques et politiques : complexité logistique d’organiser un scrutin dans plus de 100 pays, réticences des partis politiques à intégrer des candidats issus de la diaspora sur des listes gagnables, absence de volonté de trancher un débat pourtant documenté depuis 2011 dans la Constitution elle-même.

Pourquoi cela compte

Présenter les transferts des MRE comme un simple indicateur de “résilience” macroéconomique, sans interroger la relation plus large que l’État entretient avec sa diaspora, permet d’éviter une question de fond : peut-on continuer à compter sur la contribution économique massive d’une communauté à qui l’on refuse, échéance électorale après échéance électorale, une voix politique proportionnée à son poids réel dans le pays ? Le satisfecit budgétaire, ici encore, dit peu de choses sur ce que l’État doit en retour à ceux qui, depuis l’étranger, continuent de soutenir ses équilibres financiers.

Et vous ?

Vous vivez à l’étranger et avez une expérience à partager sur votre rapport au Maroc — investissement, vote, transferts, sentiment de reconnaissance ou d’exclusion ? Partagez-la en commentaire ou écrivez-nous : cette série se construit aussi avec vos contributions.

Partager cet article :
FacebookX / Twitter
📚 Dans ce dossier : Décryptage du budget 2027
Éco & Investir

Décryptage du budget 2027 (1/8) : ce que le rapport du ministère des Finances ne dit pas vraiment

Le rapport présenté aux commissions des finances des deux chambres du Parlement affiche un déficit ramené à 3% du PIB et une croissance de 5,3% — mais laisse deviner, sans le nommer, un usage croissant de recettes exceptionnelles. Premier volet d'une série qui confronte le discours officiel à des lectures indépendantes, à deux mois des élections.

📰 À lire aussi
Élections

Maroc 2026 : la flambée mondiale des carburants frappe les citoyens, épargne les grands distributeurs

Le blocage du détroit d'Ormuz a propulsé le baril à 95 dollars et les prix à la pompe marocains à des niveaux records. Mais l'aide de l'État ne touche que les transporteurs professionnels, pas les citoyens ordinaires — pendant que le distributeur dominant du marché, propriété de la famille du chef du gouvernement, reste structurellement le mieux placé pour profiter de la hausse.

Élections

Maroc 2026 : 33 partis, un électeur sur trois — quelle légitimité pour gouverner le Maroc de 2040 ?

Troisième volet côté Maroc : le paysage politique n'a jamais compté autant de partis, mais la participation réelle — mesurée sur l'ensemble des Marocains en âge de voter, pas seulement les inscrits — tourne autour d'un électeur sur trois. À l'approche du 23 septembre, la vraie question n'est peut-être plus qui va gagner, mais avec quelle légitimité on gouvernera le Maroc des années 2030 et 2040.

Éco & Investir

Toutes origines confondues : quand la crise économique frappe d'abord les plus récemment arrivés

Une guerre commerciale n'a pas de passeport, mais elle ne frappe pas tout le monde de la même manière. Retour sur un angle encore peu documenté du dossier Canada–États-Unis : les emplois de premier échelon, occupés en priorité par les nouveaux arrivants, sont aussi les premiers exposés au ralentissement — avec un effet direct jusque dans les foyers marocains qui dépendent des transferts de fonds.

Élections

Québec 2026 : la course se resserre — et une annonce sur l'immigration qui tourne à la controverse

Troisième arrêt dans notre suivi de la campagne : les sondages montrent une élection toujours grande ouverte entre le PQ et la CAQ, le PQ hausse le ton sur l'immigration avec un plan de réduction plus dur qu'annoncé — au point de provoquer une controverse sur la méthode — pendant que l'environnement et la santé s'invitent aussi dans le débat.

Élections

Maroc 2026 : les Marocains du monde pourront voter par procuration, mais restent quasi absents comme candidats

À trois semaines des législatives du 23 septembre, un premier bilan pour les Marocains du monde : pas de vote en personne depuis l'étranger, mais un système de procuration entièrement dématérialisé ouvert jusqu'au 22 septembre ; et côté candidatures, quelques rares profils MRE sur les listes des partis, pendant que le CCME relance, une fois de plus, la demande de circonscriptions dédiées à l'étranger.

← Retour aux actualités
Publicité
📢Bannière footer728×90 — Footer Leaderboard · AdSense