Maroc 2026 : les Marocains du monde pourront voter par procuration, mais restent quasi absents comme candidats
Pendant que la campagne québécoise occupe le premier volet de notre suivi électoral, un autre scrutin approche : les législatives marocaines du 23 septembre 2026. Pour les Marocains du monde, la question posée depuis des années reste la même — peut-on voter et se porter candidat depuis son pays de résidence ? La réponse, en 2026, reste largement négative sur le fond, mais avec un aménagement technique réel sur la forme.
Voter depuis l’étranger : pas en personne, mais par procuration dématérialisée
Aucune urne consulaire, aucun vote électronique direct, aucune circonscription dédiée à l’étranger : un Marocain du monde ne peut toujours pas voter en personne dans son pays de résidence. Ce qui existe, en revanche, c’est un système de vote par procuration entièrement dématérialisé, prévu par la loi organique n°27.11 relative à la Chambre des représentants. Une plateforme électronique dédiée a été ouverte le 24 août 2026, et reste accessible jusqu’au 22 septembre à midi — la veille du scrutin — pour permettre à chaque électeur résidant à l’étranger de désigner un mandataire de son choix, à condition que ce dernier soit déjà inscrit sur les listes électorales générales d’une commune ou d’un arrondissement du Royaume, afin qu’il vote en son nom le jour du scrutin.
La limite structurelle demeure : un MRE ne peut s’inscrire que sur les listes électorales de l’intérieur du Maroc, rattachées à une commune précise — il doit remplir un formulaire disponible auprès de l’ambassade ou du consulat dont dépend son lieu de résidence, avec ses données personnelles et le numéro de sa CIN ou de son passeport. Autrement dit, voter reste possible, mais seulement par délégation à une tierce personne présente au Maroc — pas un vote direct et autonome depuis l’étranger.
Se porter candidat : légalement possible, dans les faits quasi inexistant
Sur le papier, l’article 17 de la Constitution de 2011 garantit aux Marocains résidant à l’étranger les mêmes droits de citoyenneté pleine que les résidents du Royaume, y compris l’éligibilité. Dans la pratique, un MRE souhaitant se porter candidat doit malgré tout se présenter dans une circonscription au Maroc et y mener une campagne de terrain — un obstacle de taille pour qui vit à des milliers de kilomètres.
Résultat : les candidatures MRE recensées pour ce scrutin se comptent, selon la presse spécialisée, sur les doigts d’une main par parti. Parmi les rares exemples identifiés : Khadija Babile (PJD, Drâa-Tafilalet), El Maalouma Haffoud (PPS, Guelmim), Montassir Sakhi (FGD, Salé) et Jamal Ryane (FGD, Chefchaouen) — le PPS et la FGD en comptant chacun autour de trois, le PJD et l’USFP un seul. Selon les informations propres de jisr.media, une autre candidate de l’alliance de gauche (Fédération de la Gauche Démocratique), Souad Frikech, installée en France, est portée tête de liste féminine pour la région Rabat-Kénitra-Sidi Kacem. Des observateurs pointent un facteur peu reluisant derrière ce chiffre modeste : une réforme du ministère de l’Intérieur en 2024 a multiplié par cinq le remboursement des frais de campagne pour les partis présentant des candidates MRE, ce qui aurait motivé un recrutement de façade chez certaines formations — des profils MRE ajoutés aux listes « parfois sans engagement réel » envers les enjeux propres à la diaspora, selon cette lecture critique.
Le CCME relance, une fois de plus, le même plaidoyer
Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a soumis au ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, une note détaillée proposant un plan pour cette échéance, qu’il qualifie d’« opportunité historique » de concrétiser un droit inscrit dans la Constitution de 2011. Parmi ses propositions, largement inchangées depuis plusieurs scrutins : ouverture de bureaux de vote à l’étranger, création de circonscriptions législatives dédiées aux Marocains du monde, listes électorales internationales, simplification des démarches numériques et administratives, sièges réservés proportionnels à une population estimée à plus de 6 millions de personnes, option de candidature indépendante pour les profils non affiliés à un parti, révision de l’article 63 de la Constitution pour une représentation dédiée à la Chambre des conseillers, et création d’une autorité électorale indépendante. Le Conseil dit se tenir disponible pour collaborer avec le ministère — mais aucune réponse officielle n’est connue à ce jour.
Le calendrier à retenir
- 31 août – 9 septembre : dépôt des candidatures (dépôt électronique jusqu’au 8 septembre midi, dépôt papier des dossiers originaux jusqu’au 9 septembre midi)
- 10 – 22 septembre : campagne électorale officielle
- 22 septembre, midi : clôture de la plateforme de procuration pour les électeurs à l’étranger
- 23 septembre : jour du scrutin
Ce qu’on continue de suivre
Le débat sur la représentation politique directe des Marocains du monde revient à chaque scrutin depuis 2011, sans qu’aucune mesure structurante n’ait jamais été mise en œuvre. Jisr.media suivra, dans les prochains volets, si cette élection change quoi que ce soit à ce constat — ou si elle confirme, une fois de plus, que la participation des MDM à la vie démocratique marocaine reste un droit constitutionnel qui attend toujours sa traduction concrète.
Sources : SNRT News — vote par procuration, Maglor — candidats MRE, Hespress — propositions du CCME, Aujourd’hui le Maroc — calendrier des candidatures, SNRT News — candidature des MRE.
Abdesselam Mejlaoui

