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Récits de la mémoire
📚 Dossier : Récits de la mémoire

Récits de la mémoire (3) — Boujaad, l'enfance politisée

Troisième épisode de « Récits de la mémoire », la série de Charaf Rifai. Retour à Boujaad, la ville natale de son enfance dans les années 1960 — l'école El Hassania, le père militant de l'Istiqlal, et les premières élections législatives du Maroc indépendant, en 1963.

Récits de la mémoire (3) — Boujaad, l'enfance politisée

Récits de la mémoire (3) — Boujaad, l’enfance politisée

Chaque jour cette semaine, jisr.media publie un nouvel épisode de « Récits de la mémoire », la série de Charaf Rifai. Docteur en chimie formé à l’université de Toulouse, resté engagé des deux côtés de la Méditerranée, il a été élu adjoint au maire en France pendant douze ans et milite aujourd’hui au sein de la Fédération de la Gauche Démocratique. Dans cette série, il revient sur les moments qui ont façonné sa trajectoire — entre le Maroc de son enfance et la France où il a construit sa vie.


Récit 3

Avant mon retour en France en septembre 1990, des conditions matérielles très difficiles ne me permettaient pas de vivre dans une grande ville, en particulier Casablanca ou Rabat. J’ai donc dû m’installer dans ce que mon cher ami, l’excellent inspecteur Si Mohamed Zouhair — que Dieu lui prête longue vie —, aime appeler « la doyenne des cités » : la ville de Boujaad, où je suis né, où j’ai grandi et étudié, à l’école El Hassania, l’une des « écoles libres » fondées par le parti de l’Istiqlal sur le modèle des écoles Mohammed V à Rabat et dans plusieurs villes marocaines — Casablanca, Salé, Kénitra, Safi, Marrakech, Settat, Béni Mellal, Tétouan et d’autres. J’y ai obtenu le brevet ; comme nous étions arabisants, nous avons suivi toutes les matières scientifiques en arabe. C’est pourquoi la plupart des « écoles libres » envoyaient leurs élèves au lycée Abdelkrim Lahlou à Casablanca, dirigé par Abdelkader Sahraoui avant qu’il ne devienne ministre de l’Information, puis remplacé par le regretté et éminent militant unioniste, l’un des fondateurs du Syndicat national de l’enseignement, Si Ahmed Domdoumi. J’y reviendrai dans un récit séparé.

À Boujaad, connue du grand public comme « la Zaouïa Charqaouia », ville paisible où, dans les années 1960, nous ne connaissions ni écarts ethniques ni sociaux — encore moins de classes : pas d’usines, pas d’entreprises, et personne ne s’en attristait. Seule existait la fonction publique : l’enseignement — dont étaient issus la plupart des habitants de Boujaad —, les finances via la « qabt », l’eau et l’électricité, la santé, la poste. Enfants, nous entendions parler du parti de l’Istiqlal, du leader Allal El Fassi et du roi Mohammed V — « dont j’ai vu le portrait dans la lune, comme tous les Marocains ». J’ai vécu mes premiers instants d’action politique spontanée en accompagnant mon père, membre du parti de l’Istiqlal, lors de la campagne électorale législative de 1963 — les toutes premières élections au Maroc après l’indépendance formelle. Je tenais l’échelle pour que mon père puisse fixer les affiches appelant à voter pour le candidat du parti, le regretté Hadj El Habib Naciri. C’est à ce moment-là que j’ai découvert l’existence d’autres candidats : celui de l’Union nationale des forces populaires, menée par le regretté Amhamed Khalouk, et un autre candidat du front « FDIC », le Front de défense des institutions constitutionnelles — le caïd féodal Amhamed, allié du colonialisme. C’est de là qu’est né en moi quelque chose comme une conscience politique.

— À suivre : un prochain récit.

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📚 Dans ce dossier : Récits de la mémoire
Récits de la mémoire

Récits de la mémoire (7/7) — Lille, le Parti communiste, et le retour à la Fête de l'Humanité

Septième et dernier épisode de « Récits de la mémoire » : l'enseignement des mathématiques dans la banlieue de Lille, l'engagement au Parti communiste français, douze années comme adjoint au maire, et le retour à la Fête de l'Humanité en 2014, qui referme la boucle jusqu'à la Fédération de la Gauche Démocratique.

Récits de la mémoire

Récits de la mémoire (2) — Le refus du compromis

Deuxième épisode de « Récits de la mémoire », la série de Charaf Rifai. De retour en France après l'échec de son projet marocain, il refuse tous les compromis politiques qu'on lui propose — et retrace son engagement étudiant à Toulouse, entre UNEM et gauche démocratique, dans le Maroc des années 1980.

Récits de la mémoire

Récits de la mémoire (1) — Le retour impossible

Premier épisode de « Récits de la mémoire », la série de Charaf Rifai. Docteur en chimie formé à Toulouse, il raconte son retour manqué au Maroc en 1989, et comment il a fini par construire sa vie en France — sans jamais renier son pays.

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