Récits de la mémoire (2) — Le refus du compromis
Chaque jour cette semaine, jisr.media publie un nouvel épisode de « Récits de la mémoire », la série de Charaf Rifai. Docteur en chimie formé à l’université de Toulouse, resté engagé des deux côtés de la Méditerranée, il a été élu adjoint au maire en France pendant douze ans et milite aujourd’hui au sein de la Fédération de la Gauche Démocratique. Dans cette série, il revient sur les moments qui ont façonné sa trajectoire — entre le Maroc de son enfance et la France où il a construit sa vie.
Récit 2
Dans le premier récit, je vous l’ai dit : je suis rentré en France après que tous les horizons professionnels se sont fermés au Maroc. J’ai connu le chômage pendant plus d’un an et demi, résistant à toutes les tentatives de séduction et de compromis visant à me faire rejoindre des partis « administratifs » en échange d’un poste à l’université.
En ce temps-là — ce beau temps —, certains partis se prétendaient progressistes, se réclamaient du socialisme scientifique et de la défense des Forces populaires, avant qu’une grande partie de la gauche démocratique de l’époque ne devienne, de son plein gré, des partis administratifs, se précipitant pour servir le Makhzen sans condition. J’ai refusé tous les compromis. J’ai eu la chance d’être militant au sein de l’Union Nationale des Étudiants du Maroc (UNEM), membre actif de son bureau à la section de Toulouse.
Le nombre d’étudiants dépassait alors les 500, en 1984. J’y représentais la tendance étudiante « Unité et Démocratie », prolongement naturel du courant des « Compagnons des martyrs » au Maroc, en tant que délégué au Conseil fédéral, où j’ai présenté la plateforme en son nom — c’était dans les années 1980. Dans les années 1970, nous agissions sous le nom des « Étudiants unionistes partisans du Choix révolutionnaire ». J’ai eu la chance, aussi, d’être militant au sein du mouvement Choix révolutionnaire, l’un des affluents du mouvement unioniste authentique qui a fusionné dans le Parti de l’Avant-garde démocratique et socialiste, jusqu’à la Fédération de la Gauche Démocratique en France.
Je savais, en suivant l’actualité marocaine, que le chef du gouvernement de l’époque, Maati Bouabid — du parti que nous surnommions « Cocotte-Minute », l’Union constitutionnelle, englué dans la corruption —, appliquait à la lettre les directives de la Banque mondiale et du FMI, notamment le tristement célèbre « Plan d’ajustement structurel », qui a fait vivre l’enfer aux Marocains. J’avais donc eu raison de me prémunir en décidant de rentrer au Maroc : j’ai obtenu une carte de résident valable dix ans, avec la possibilité de faire évoluer mon statut d’étudiant à travailleur.
— À suivre demain : le troisième récit.
Charaf Rifai





