lundi 31 août 2026🤝 Partenaire ou annonceur ? Contactez-nous →
NewsletterÀ propos🌐 Accueil
Publicité
📢Espace publicitaire728×90 — Leaderboard · AdSense / Ezoic
🗳️ ÉLECTIONS
🔴 EN DIRECT
Éco & Investir
📚 Dossier : Guerre commerciale Canada–États-Unis

Guerre commerciale Canada–États-Unis (3/3) : la diaspora en première ligne — et la tentation nationaliste d'une campagne électorale

Dernier volet du dossier : la campagne électorale québécoise s'est ouverte le 27 août pour le scrutin du 5 octobre, avec Donald Trump désigné « véritable adversaire » par la première ministre Christine Fréchette. Mais ce sont les nouveaux arrivants et la diaspora marocaine qui encaissent en première ligne le ralentissement économique — au moment même où une partie de la droite québécoise pourrait être tentée d'exploiter la crise sur un registre identitaire plutôt que de miser sur la solidarité.

Guerre commerciale Canada–États-Unis (3/3) : la diaspora en première ligne — et la tentation nationaliste d'une campagne électorale

Guerre commerciale Canada–États-Unis (3/3) : la diaspora en première ligne — et la tentation nationaliste d’une campagne électorale

Les deux premiers volets de ce dossier ont montré une guerre commerciale qui s’aggrave par paliers — ruptures de négociations, tarifs à 50 %, jusqu’à un décret présidentiel renommant un lac partagé — et un coût économique déjà bien réel : emplois manufacturiers perdus, marges rognées, incertitude installée. Ce troisième et dernier volet se penche sur ceux qui, dans cette tourmente, disposent généralement du moins de coussin financier pour l’encaisser : les nouveaux arrivants et les communautés issues de l’immigration, dont la diaspora marocaine. Et il s’ouvre sur un fait de calendrier qui n’a rien d’anodin : la campagne électorale québécoise a été déclenchée le 27 août, pour un scrutin fixé au 5 octobre.

Une campagne qui s’ouvre sur fond de guerre commerciale

La première ministre Christine Fréchette, qui a succédé à François Legault à la tête de la Coalition avenir Québec en avril dernier, a choisi de désigner d’entrée de jeu Donald Trump comme « le véritable adversaire » de cette campagne — une façon de faire de la guerre commerciale l’enjeu central des 39 jours à venir. Le chef libéral Charles Milliard a repris un angle similaire, plaidant que le Québec est plus fort en restant dans la fédération canadienne face à une guerre commerciale internationale, tandis que le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a averti qu’il ne fallait pas laisser Trump dicter le débat électoral québécois. Sur ce terrain-là, au moins, la tension avec Washington semble pousser la classe politique vers un réflexe de solidarité nord-sud plutôt que vers la division.

Le risque : une solidarité qui s’arrête à la frontière… intérieure

C’est ailleurs que le bât pourrait blesser. L’immigration s’annonce comme l’un des dossiers les plus disputés de cette campagne, après deux mandats déjà marqués par des tensions avec Ottawa sur les seuils d’accueil et une forte croissance de l’immigration temporaire. Le terrain est particulièrement fertile pour une récupération politique : plus de 70 % des Québécois se disent favorables à une réduction de l’immigration, et des observateurs notent que les nouveaux arrivants sont déjà devenus, ces dernières années, un bouc émissaire commode face à la crise du logement, aux difficultés du système de santé et aux compressions en éducation — un registre que François Legault avait lui-même largement exploité depuis 2018, en pressant Ottawa de réduire le nombre d’immigrants temporaires.

Le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime, qui a dévoilé son slogan de campagne « Oser pour vrai », inscrit explicitement dans ses priorités une forme de « nationalisme autonomiste » — une manière de sortir du seul débat souverainiste en le déplaçant sur le terrain identitaire. Des analystes du paysage politique québécois observent depuis plusieurs années un glissement plus large, du nationalisme civique historique (« est Québécois quiconque vit au Québec ») vers un nationalisme à teneur plus ethnique, opposant une majorité francophone à des minorités désignées comme extérieures.

Le risque, dans ce contexte, est limpide : une crise économique provoquée de l’extérieur — par les tarifs américains, par la fermeture de marchés, par l’incertitude sur l’emploi — pourrait être retournée, sur le terrain électoral, contre les nouveaux arrivants eux-mêmes, plutôt que d’être nommée pour ce qu’elle est. Le mot « nationalisme » sert alors deux causes très différentes : celle, légitime, de la solidarité collective face à une agression économique extérieure ; et celle, plus trouble, du repli identitaire qui désigne un bouc émissaire intérieur au moment même où la cohésion sociale aurait le plus besoin d’être renforcée.

Ceux qui encaissent déjà le choc

Ce débat de campagne n’est pas qu’une question de rhétorique électorale : il se joue sur fond de difficultés bien concrètes pour les populations immigrantes. Les emplois manufacturiers directement touchés par les tarifs — aluminium, acier, automobile — sont aussi ceux où la main-d’œuvre immigrante, souvent embauchée plus récemment et avec moins d’ancienneté, est structurellement la première exposée en cas de ralentissement ou de licenciements. Pour les familles marocaines installées depuis peu au Québec, la précarité de l’emploi rejoint une deuxième fragilité : celle des transferts de fonds vers le Maroc, un soutien financier qui, pour de nombreux foyers restés au pays, dépend directement des revenus d’un proche établi au Canada. Une perte d’emploi ou une réduction d’heures à Montréal ou à Québec ne reste donc jamais un problème strictement local — elle se répercute, parfois immédiatement, sur des ménages de l’autre côté de l’Atlantique.

À cela s’ajoute une incertitude plus diffuse mais tout aussi réelle pour les nouveaux arrivants en cours d’installation : un climat économique dégradé complique les recherches d’emploi, les démarches de reconnaissance des diplômes, les projets d’investissement ou d’achat immobilier — autant d’étapes déjà exigeantes, rendues plus fragiles encore par une conjoncture qu’ils n’ont ni provoquée ni les moyens d’infléchir.

Candidats et électeurs : la participation des communautés culturelles en question

Au-delà du risque de récupération identitaire, cette campagne soulève une question de fond, rarement documentée avec précision : dans quelle mesure les communautés issues de l’immigration participent-elles réellement au jeu électoral québécois — comme candidates, et comme électrices ?

Du côté des candidatures, le mouvement est réel mais tardif : de nombreux partis présentent, pour 2026, une proportion inédite de candidats issus des communautés culturelles et de la diversité LGBTQ+, dans un contexte où près de la moitié des députés sortants ne se représentent pas. Mais cette diversité de façade en campagne ne s’est pas encore traduite, historiquement, par une représentation proportionnelle à l’Assemblée nationale : les analyses rappellent régulièrement le décalage entre un Québec de moins de 40 ans très diversifié sur le plan ethnoculturel, et un Parlement qui demeure, mandat après mandat, nettement plus âgé et moins représentatif de cette diversité.

Du côté du vote, les données disponibles — issues principalement d’études fédérales et montréalaises, faute de statistiques électorales québécoises désagrégées par origine — pointent un écart de participation persistant. Les personnes s’identifiant comme noires, arabes ou asiatiques votent, en moyenne, nettement moins que le reste de l’électorat — un écart qui atteint près de 16 points de pourcentage pour les électeurs noirs comparativement aux électeurs blancs. À Montréal, certaines communautés (chinoise, juive) votent traditionnellement moins que la moyenne, tandis que d’autres (italienne, portugaise, grecque) l’égalent ou la dépassent — une variation qui tient autant à la maîtrise du français ou de l’anglais qu’à la mobilisation communautaire. Les études notent d’ailleurs que cette mobilisation, quand elle existe — comme celle des organisations musulmanes canadiennes lors du scrutin fédéral de 2004 —, peut sensiblement corriger l’écart.

Pour la diaspora marocaine du Québec, cette question n’est pas anecdotique : dans un contexte où l’immigration s’annonce comme l’un des enjeux les plus disputés de la campagne, et où le risque de récupération identitaire est réel, le niveau de participation électorale — comme candidats capables de porter une voix, comme électeurs capables de peser sur le résultat — reste l’un des leviers les plus concrets dont dispose la communauté pour infléchir le débat plutôt que de simplement le subir. Les chiffres définitifs de participation ne seront connus qu’après le scrutin du 5 octobre ; mais l’écart historique documenté ici donne d’ores et déjà la mesure du chemin à parcourir.

Ce que ce dossier retient

En trois volets, ce dossier a suivi la même logique : une escalade décidée à Washington, dont le prix se paie d’abord dans l’économie réelle canadienne, puis, plus discrètement, dans la vie quotidienne des populations les moins armées pour l’absorber. La campagne électorale qui s’ouvre au Québec sera, à ce titre, un test révélateur — celui de savoir si la classe politique choisit de nommer la véritable source de la crise, l’agression tarifaire venue du sud, ou si une partie d’entre elle cède à la tentation, plus commode électoralement, de désigner comme adversaires ceux qui, au Québec même, en subissent déjà le plus lourdement les conséquences.

Partager cet article :
FacebookX / Twitter
📚 Dans ce dossier : Guerre commerciale Canada–États-Unis
Éco & Investir

Toutes origines confondues : quand la crise économique frappe d'abord les plus récemment arrivés

Une guerre commerciale n'a pas de passeport, mais elle ne frappe pas tout le monde de la même manière. Retour sur un angle encore peu documenté du dossier Canada–États-Unis : les emplois de premier échelon, occupés en priorité par les nouveaux arrivants, sont aussi les premiers exposés au ralentissement — avec un effet direct jusque dans les foyers marocains qui dépendent des transferts de fonds.

Maroc & Monde

Trump renomme le lac Ontario « Lake America » : un geste qui interroge le droit international

Par décret signé le 27 août 2026, Donald Trump a ordonné le renommage du lac Ontario en « Lake America », en pleine escalade de la guerre commerciale avec le Canada. Mark Carney a rejeté le changement, mais le geste — après des mois de provocations verbales — pose une question plus large : comment le G7 et l'OTAN réagissent-ils quand une agression symbolique franchit le cap du juridique ?

Éco & Investir

Guerre commerciale Canada–États-Unis (2/3) : le prix de la guerre, ce que la crise commerciale coûte déjà aux Canadiens

Deuxième volet du dossier sur la guerre commerciale Canada-États-Unis : l'effondrement des négociations fin août, le « We Don't Need Canada » de Donald Trump et la riposte « dollar pour dollar » de Mark Carney, mais aussi ce que la crise coûte déjà aux Canadiens — 51 800 emplois manufacturiers perdus en un an, jusqu'à 160 000 emplois québécois à risque selon François Legault, et deux nouveaux programmes d'aide aux entreprises annoncés par la première ministre Christine Fréchette.

Éco & Investir

Guerre commerciale Canada–États-Unis (1/3) : quand l'Amérique se retourne contre elle-même

Premier volet d'un dossier en trois parties sur la guerre commerciale Canada-États-Unis : retour sur l'escalade tarifaire depuis janvier 2025, jusqu'aux droits de douane de 50% imposés fin août 2026 — et la question de savoir si Washington, en frappant ses plus proches alliés, ne fragilise pas le système qu'il a lui-même bâti.

📰 À lire aussi
Élections

Maroc 2026 : la flambée mondiale des carburants frappe les citoyens, épargne les grands distributeurs

Le blocage du détroit d'Ormuz a propulsé le baril à 95 dollars et les prix à la pompe marocains à des niveaux records. Mais l'aide de l'État ne touche que les transporteurs professionnels, pas les citoyens ordinaires — pendant que le distributeur dominant du marché, propriété de la famille du chef du gouvernement, reste structurellement le mieux placé pour profiter de la hausse.

Élections

Maroc 2026 : 33 partis, un électeur sur trois — quelle légitimité pour gouverner le Maroc de 2040 ?

Troisième volet côté Maroc : le paysage politique n'a jamais compté autant de partis, mais la participation réelle — mesurée sur l'ensemble des Marocains en âge de voter, pas seulement les inscrits — tourne autour d'un électeur sur trois. À l'approche du 23 septembre, la vraie question n'est peut-être plus qui va gagner, mais avec quelle légitimité on gouvernera le Maroc des années 2030 et 2040.

Élections

Québec 2026 : la course se resserre — et une annonce sur l'immigration qui tourne à la controverse

Troisième arrêt dans notre suivi de la campagne : les sondages montrent une élection toujours grande ouverte entre le PQ et la CAQ, le PQ hausse le ton sur l'immigration avec un plan de réduction plus dur qu'annoncé — au point de provoquer une controverse sur la méthode — pendant que l'environnement et la santé s'invitent aussi dans le débat.

Élections

Maroc 2026 : les Marocains du monde pourront voter par procuration, mais restent quasi absents comme candidats

À trois semaines des législatives du 23 septembre, un premier bilan pour les Marocains du monde : pas de vote en personne depuis l'étranger, mais un système de procuration entièrement dématérialisé ouvert jusqu'au 22 septembre ; et côté candidatures, quelques rares profils MRE sur les listes des partis, pendant que le CCME relance, une fois de plus, la demande de circonscriptions dédiées à l'étranger.

Élections

Maroc 2026 : 450 millions de dirhams pour les partis — et 63% d'entre eux épinglés pour irrégularités par la Cour des Comptes

Deuxième volet côté Maroc : l'État a plus que doublé le financement public des campagnes électorales. Mais le rapport intégral de la Cour des Comptes, que jisr.media est allé chercher à la source, montre que 17 partis sur 27 — près des deux tiers — ont vu leurs dépenses épinglées pour irrégularités en 2023, certains à hauteur de 100% de leurs dépenses déclarées.

← Retour aux actualités
Publicité
📢Bannière footer728×90 — Footer Leaderboard · AdSense