En décembre 2025, Washington annonçait fièrement avoir réduit les délais de traitement des visas pour les Marocains, de dix mois à deux mois, en renforçant le personnel consulaire à Casablanca. Six semaines plus tard, le 21 janvier 2026, le Maroc se retrouvait parmi 75 pays visés par un gel des visas d’immigrant américains — un contraste qui donne le ton de l’année 2026 pour les Marocains qui espèrent s’installer aux États-Unis.
Le regroupement familial suspendu
Ce gel, justifié officiellement par une réévaluation du risque de dépendance à l’aide publique, bloque le traitement des demandes de résidence permanente et de regroupement familial. Il touche concrètement des citoyens américains d’origine marocaine qui attendent de faire venir un conjoint ou un parent. Début août 2026, aucune date de levée n’a été annoncée.
L’emploi qualifié sous pression
Depuis le 21 septembre 2025, chaque nouvelle demande de visa de travail H-1B — la voie classique pour les ingénieurs et professionnels qualifiés — est soumise à un droit de 100 000 dollars, contre 2 000 à 5 000 dollars auparavant. Un juge fédéral a invalidé cette mesure le 8 juin 2026, confirmé en appel le 24 juillet, mais l’incertitude juridique a déjà refroidi bien des employeurs pendant plusieurs mois.
La naturalisation, un examen plus dur
Depuis le 20 octobre 2025, le test civique de citoyenneté est passé de 6 bonnes réponses sur 10 questions possibles (parmi 100) à 12 bonnes réponses sur 20 questions possibles (parmi 128) — un niveau d’exigence nettement relevé pour les candidats à la naturalisation.
Une éclaircie limitée sur les diplômes
Une vingtaine d’États — Iowa, Oklahoma, Arizona, Kentucky — ont ouvert depuis 2025 des licences provisoires permettant aux médecins formés à l’étranger d’exercer plus vite. Mais ces réformes restent locales : sans statut migratoire ou visa de travail valide, un médecin marocain qualifié peut rester bloqué malgré une licence d’État en poche.
Un contraste qui interroge
Ce grand écart entre le gel des visas et le discours officiel n’est pas passé inaperçu. Le 2 juillet 2026, le Roi Mohammed VI a personnellement informé Donald Trump de sa décision de rebaptiser la voie express Tiznit-Dakhla — 1 055 km, la plus longue infrastructure routière d’Afrique — « Donald J. Trump Highway », en remerciement de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Trump a publiquement remercié le Roi le 26 juillet. Le geste a été largement couvert par une certaine presse marocaine, et critiqué par plusieurs observateurs qui y voient une « diplomatie à genoux » face à Washington. Sur les réseaux sociaux, une pétition citoyenne lancée par un collectif marocain demande au contraire de renommer la voie « route Cheikh Ma El Aynin », du nom du chef religieux et résistant sahraoui du début du XXe siècle, plutôt que de l’associer au président américain. Un constat s’impose : pendant que la diplomatie officielle multiplie les égards envers l’administration Trump, les familles des Marocains du monde établies aux États-Unis restent, elles, suspendues à un gel de visas décidé par cette même administration — sans qu’aucune contrepartie n’ait, à ce jour, été obtenue sur ce dossier.
Rédaction Jisr.media


