Pour les Marocains qui envisagent de s’installer au Canada, 2026 marque un tournant. En quelques mois, trois leviers se sont durcis en même temps : moins de places, plus de français exigé, et des diplômes toujours aussi difficiles à faire reconnaître.
Moins de portes ouvertes
Le plan des niveaux d’immigration 2026-2028 publié par IRCC réduit de 43% les admissions de résidents temporaires — permis de travail et d’études confondus — qui passent de 673 650 en 2025 à 385 000 en 2026. Au Québec, la cible d’immigration permanente tombe à 45 000 personnes par an pour 2026-2029, soit une baisse de 25%. Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), longtemps considéré comme la voie la plus rapide vers la résidence permanente pour les diplômés et travailleurs qualifiés, a été aboli le 19 novembre 2025. Il a rouvert temporairement, mais seulement du 2 juillet au 31 octobre 2026, et réservé à ceux ayant déjà un diplôme québécois ou une expérience de travail acquise avant l’abolition.
Plus de français exigé
La loi 14 (ex-projet de loi 96) impose désormais aux ordres professionnels — médecins, ingénieurs, comptables, infirmiers — d’exiger de leurs membres une « connaissance appropriée du français », sous peine de plainte disciplinaire. Depuis le 1er juin 2025, le seuil de francisation obligatoire en entreprise est passé de 50 à 25 employés : toute PME de cette taille doit désormais s’inscrire auprès de l’Office québécois de la langue française, sous peine d’amendes pouvant atteindre 30 000$. Pour un nouvel arrivant francophone marocain, la barrière peut sembler moins haute qu’ailleurs — mais le niveau exigé, lui, grimpe pour tout le monde.
Et l’emploi ?
Le moratoire sur l’embauche de travailleurs étrangers à bas salaire dans les régions de Montréal et Laval a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2026, avec quelques exceptions sectorielles. Une mesure temporaire annoncée le 13 mars 2026 permet toutefois à certains travailleurs déjà en poste de rester un an de plus chez le même employeur, sans repasser par une nouvelle étude d’impact sur le marché du travail.
Diplômés, mais en attente
Sur le terrain, le décalage est concret : plusieurs jeunes ayant terminé leurs études au Québec attendent toujours un permis de travail postdiplôme, ou son renouvellement, pour pouvoir continuer à travailler — pendant que les besoins des entreprises québécoises, eux, ne cessent d’augmenter. Ottawa a resserré depuis novembre 2025 les critères d’admissibilité au Permis de travail postdiplôme (PTPD), excluant une bonne partie des diplômes d’études professionnelles (DEP), pourtant les plus demandés par des secteurs en pénurie. Le Québec compte près de 100 000 postes vacants, dont une majorité exige une formation professionnelle plutôt qu’un diplôme universitaire. Résultat : des employeurs qui peinent à recruter, et des diplômés étrangers, souvent déjà formés et intégrés, qui se retrouvent en attente administrative au moment même où le marché du travail les réclame.
Élections provinciales, terrain glissant
Cette pression s’ajoute à un climat politique tendu : le Québec vote le 5 octobre 2026, et l’immigration s’annonce comme un thème central de la campagne. Un sondage Léger publié début 2026 indique que 83% des Québécois s’opposent à une hausse des seuils d’immigration, et 52% souhaitent une réduction des seuils permanents et temporaires. Caquistes et péquistes se disputent déjà ce terrain, chacun cherchant à occuper le créneau d’un discours plus restrictif. Le risque, pointé par plusieurs observateurs : que cette compétition électorale glisse d’un débat légitime sur les seuils d’accueil vers une récupération partisane qui stigmatise les personnes immigrantes elles-mêmes — un terrain sur lequel les nouveaux arrivants marocains, comme les autres communautés issues de l’immigration, n’ont aucun contrôle, mais risquent de payer le prix.
Pris séparément, chacun de ces changements a sa propre justification administrative. Mis bout à bout, ils dessinent un Canada, et un Québec en particulier, où l’installation devient plus sélective et plus exigeante, dans un climat politique de plus en plus tendu autour de l’immigration — au moment même où de nombreux Marocains du monde regardent encore vers l’Amérique du Nord comme une destination d’avenir pour leurs enfants.
Rédaction Jisr.media


