Vous posez une question à ChatGPT ou à Google, et vous obtenez la réponse directement, sans jamais cliquer sur l’article qui l’a rendue possible. Pratique pour vous. Catastrophique pour les journaux : sans clic, pas de visite, et sans visite, pas de revenus publicitaires. C’est ce piège qui étrangle les médias depuis quelques années. Mais en 2026, la riposte s’organise enfin, et les journaux commencent, timidement, à se faire payer.
Le problème : travailler gratuitement pour les IA
Les intelligences artificielles s’entraînent sur des millions d’articles de presse, puis répondent aux internautes en résumant ce travail journalistique — sans renvoyer vers la source. En France comme ailleurs en Europe, plusieurs entreprises d’IA ont dû revoir leurs projets de résumés automatiques face à des lois exigeant une rémunération des médias pour la reprise de leurs contenus.
Le constat est le même partout : les journaux nourrissent les IA, et les IA grignotent les revenus des journaux.
Les journaux commencent à se défendre
Plusieurs initiatives ont vu le jour cette année pour rétablir l’équilibre.
Lancée en février 2026 par le Guardian, la BBC, le Financial Times, Sky News et Telegraph Media Group, la coalition SPUR (Standards for Publisher Usage Rights) s’est rapidement élargie à l’international — jusqu’à compter une trentaine de membres à travers le monde, dont plusieurs grands médias canadiens, La Presse en tête, qui l’ont rejointe à l’été 2026. L’objectif : négocier collectivement une juste rémunération auprès des entreprises d’IA, plutôt que de rester chacun isolé face à des géants comme Google ou OpenAI.
Une nouvelle norme technique (le protocole RSL, Really Simple Licensing) permet aussi à un média de fixer lui-même ses conditions : « oui, vous pouvez utiliser mon contenu, mais voici le prix ». C’est un peu comme une étiquette de prix apposée sur chaque article, lisible automatiquement par les IA.
Des accords directs se signent aussi entre grands groupes : l’AFP a un partenariat avec la start-up française Mistral AI ; Microsoft a conclu en juillet 2026 un accord avec le groupe de presse australien Nine Entertainment pour nourrir son assistant Copilot en articles ; OpenAI a signé plusieurs contrats similaires avec des éditeurs à travers le monde.
Les lois s’en mêlent
Le Parlement européen pousse pour obliger les entreprises d’IA à payer les journaux dont elles utilisent les contenus, et pour créer un vrai marché où cette rémunération serait encadrée plutôt que négociée au cas par cas. Autre échéance à retenir : dès le 2 août 2026, les obligations de transparence de l’AI Act européen entrent en vigueur — étiquetage obligatoire de tout contenu généré par IA, sous peine d’amende pouvant atteindre 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial.
Le vrai danger : les petits médias oubliés
Voici le problème qui nous concerne directement : ces accords se signent entre géants — grandes agences, grands groupes de presse, grandes plateformes. Les médias indépendants, communautaires ou issus de la diaspora, eux, n’ont ni l’avocat ni le poids pour négocier un contrat avec OpenAI ou Google. Même les lois pensées pour protéger les médias, comme celle envisagée au Canada pour forcer les géants du web à indemniser la presse, ont eu du mal à inclure les plus petits acteurs.
Pour un média comme Jisr.media, l’enjeu n’est donc pas de regarder ce débat de loin. C’est de faire entendre, aux côtés d’autres voix indépendantes, que les nouvelles règles du jeu doivent aussi profiter aux petits médias — souvent ceux qui sont les plus proches de leurs communautés.
Et vous ?
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